IGUAZU, critique de Jean-François LARRALDE

 

« Anne Broitman insuffle de la vigueur à ses propres concepts picturaux en puisant dans les potentialités de l’abstraction.
Elle élimine de son vocabulaire les structures linéaires en assemblant des formes abstraites sans transition.
L’artiste délimite les éléments de ses compositions de manière à procurer une illusion d’effet linéaire, car les couleurs varient d’une forme à l’autre.
 
Sa peinture peut parfois se caractériser par l’interpénétration irrégulière des formes de ses tableaux ainsi que par la coloration sonore et souvent intense qui se distingue du choix des couleurs.
Le monde pictural de l’artiste évoque une atmosphère de force naturelle contenant des éléments de souvenir.
Si ses compositions renvoient à une réalité extérieure, l’artiste oblige le spectateur à se concentrer entièrement sur ce qui figure sur la toile.
Ses compositions varient sensiblement tant du point de vue de la couleur et de la forme que par leurs multiples rythmes et tensions.
Différentes évocations aux formes abstraites se déploient au sein de la réminiscence de formes naturelles liées à de puissantes et spectaculaires chutes d’eau.
A la différence des peintres constructivistes qui envisageaient leurs œuvres comme des champs de couleur devant exister par eux-mêmes sans justification externe, l’abstraction ne consiste pas ici à éliminer le contenu, elle est chargée de suggérer formellement un événement unique dans un site exceptionnel pouvant accueillir toutes les nuances du vécu et de l’imaginaire.
Ainsi, la primauté ne dépend pas de la forme, mais plutôt de la relation de la forme et de la couleur qui fonctionne de manière individualisée.
 
La notion du tableau comme réminiscence représentée sous une forme abstraite s’oppose à toute manifestation gestuelle de l’instant.
L’artiste utilise une palette de couleurs, développée à partir d’un nombre restreint de tonalités, dans un sens affectif lié à la perception d’une intensité inhabituelle des accords de couleurs.
La distanciation de la peinture par rapport au monde réel n’a pas obligatoirement pour résultat une neutralisation émotionnelle du tableau.
L’aspiration d’Anne Broitman est entièrement vouée au problème de la recherche d’un rapport harmonieux entre les couleurs utilisées et les formes produites.
 
Le but principal de l’harmonisation de ces deux facteurs de composition picturale étant de parvenir à l’enchantement, l’émerveillement, la magie que l’artiste a ressentie devant le spectacle grandiose des impressionnantes chutes d’eau d’Iguazu.
Son style relève d’un répertoire de formes multiples qu’elle peut décliner à l’infini en fonction de ses propres schémas.
Sa méthode de composition picturale consiste à ce que la séparation des différentes formes est résolue par la confrontation directe des surfaces de couleur.
Les formes simples, asymétriques, clairement délimitées les unes par rapport aux autres, ou s’interpénétrant irrégulièrement, et les champs de couleur juxtaposés aux harmonies contrastées, heurtées, constituent le fondement du langage pictural d’Anne Broitman. »
 
Jean-François Larralde